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Copie du journal PHARE DE LA LOIRE du mercredi 13 septembre 1882

Texte sur les miracles de la Lande

  
  • Comment se fonde un miracle

     
Mon cher directeur, je reviens de la lande ou je me suis rendu en compagnie de quelques amis dans le but de connaître la vérité sur les prétendus miracles qui se seraient produits non loin de cette localité.
Voici les renseignements recueillis sur place. Je les rapporte avec une scrupuleuse exactitude que mes amis pourraient, si besoin est, certifier, et que, du reste chacun peut vérifier soi même.
La Lande est un hameau de la commune de Saint-Colombin, situé sur la frontière même du département de la Vendée, à l’intérieur des terres, à un kilomètre environ de l’endroit ou la route stratégique de Nantes à la Roche sur Yon atteint la limite des deux départements.
On peut au besoin arriver en voiture jusqu’à la Lande, mais comme, on s’aurait pas ou remiser les chevaux dans ce hameau qui n’a pas d’auberge, on s’arrête à Geneton, sorte de bourg, sur la route, à 21 kilomètres de Nantes.
C’est ce que nous avons fait, mes amis et moi. Partis de bonne heure de la ville nous étions à 8 heures et demie à Geneton.
A peine descendus de voiture, nous remarquons à l’une des extrémités du village un nombreux attroupement de femmes et d’enfants.
  
  • L’enfant visionnaire

Un de nos amis, qui était déjà venu à la Lande vendredi dernier, jour de la Nativité, croit reconnaître de loin dans le groupe la petite qui dit voir la Vierge. Nous approchons. Les femmes viennent à nous avec un air de triomphe et sans que nous ayons besoin de rien leur demander, elles nous présentent, en nous disant "c’est elle ! " une délicate petite fillette, assez mignonne ma foi, que nous eussions cru âgée de six ans à peine, si sa mère, ne nous eut dit, que l’enfant avait 8 ans.
La petite est un peu effarouchée de voir tant de gens de la ville. Nous lui offrons du chocolat et des bonbons, mais elle parait n’en faire aucun cas. Nous en glissons dans les petites poches de son tablier et nous en donnons pour elle à sa mère, car nous ne pourrions rien mettre dans les mains de l’enfant, déjà chargées de deux bouquets d’hortensia beaucoup trop volumineux pour elle.
Elle n’est pas gourmande, dis-je à la mère, je vois cela.
"Oh, monsieur, elle ne mange rien. Voila bien trois jours qu’elle n’a rien pris. Et il y a longtemps qu’elle ne mange presque pas. "
Et toutes les femmes présentes confirment la déclaration de la mère. Il est évident que toutes ces femmes sont convaincues que l’abstinence de la petite a quelque chose de miraculeux.
Toutes ces femmes paraissent d’une bonne foi tellement évidente qu’il serait difficile de la mettre en doute un instant.
Elles s’empressent à l’envie de nous donner, sans même que nous ayons de peine de poser une question, mile détails sur la petite visionnaire, sur le lieu des apparitions, sur la manière dont la vierge apparaît et sur les guérisons qui ont déjà été opérées. En un instant nous savons tout ce que nous voulions savoir et même cent choses que nous n’avons nul besoin. Jamais reporter n’a trouvé population mieux disposée. On voit que toutes ces braves paysannes on besoin d’épanchement et qu’elles éprouvent de la joie a témoigner l’intérêt qu’elles portent aux miracles. Elles luttent à qui renseignera le mieux les pèlerins et bien certainement nous sommes pris pour en faire partie. Elles se contredisent quelques fois, mais seulement sur des détails sans importance, sur les points essentiels elles sont d’accord.
Nous apprenons ainsi que la visionnaire s’appelle Marie Lorteau, qu’elle à toujours été délicate et timide mais qu’elle n’a jamais été malade. Cette affirmation vient de sa mère qui la donne sans qu’on lui demande et qui se plait à le répéter, comme si quelqu’un lui aurait recommandé de le faire.
Marie Lorteau sait un peu lire, elle s’essaie à écrire. Elle est élève de l’institutrice communale, bien qu’il y ait une école congréganiste en concurrence avec l’école communale. L’heure des visions est irrégulière. Elles se produisent plus particulièrement quand l’enfant est seule. Quand elle se sent " appelée " et voudrait en vain lutter contre la volonté de l’enfant, tout effort serait inutile. Quand elle se rend au champ de l’apparition, elle parait obéir à une obsession intérieure dont elle n’est délivrée qu’une fois la vision apparue.
  
  • Première guérison

Tandis que ces femmes nous renseignent ainsi avec une verve toute rustique, et que les hommes présents à la scène  gardent.
Vient à passer le mari d’Eugénie Feuillatre, une femme quia été guérie d’une loupe au cou après avoir prié sur le champ de l’apparition. Ce brave homme, qui convient de la guérison immédiate, mais qui n’a pas du tout l’air de croire qu’elle est due à un miracle, nous raconte que sa femme avait depuis bien des années une loupe au cou, et qu’elle avait consulté a ce sujets deux docteurs de Nantes, notamment Mr Letanneur. Les médecins parlent d’époration, ce qui ne fit pas le compte de la malade. Elle préféra garder sa loupe. Les choses allèrent ainsi jusqu’à la nuit de mercredi de l’autre semaine. Eugénie Feuillatre se coucha ce soir là ayant sa loupe au cou. Dans la nuit, elle réveilla son mari pour lui dire qu’elle n’avait plus sa loupe, mais lui, pensant qu’elle rêvait, se borna à lui tourner le dos, éprouvant même quelques mauvaise humeur d’avoir été réveillé pour si peu.
Il se rendormi et fut très surpris le matin de constater que sa femme n’avait plus de loupe au cou.
Et pour preuve ajoute, ajoute t’il, vous pourrez la voir elle-même. Elle est justement chez elle en ce moment.
Nous nous y rendons. Elle demeure juste en face du calvaire qui se trouve à l’entrée de Geneton.
C’est une personne grande, qui s’exprime avec beaucoup plus de facilité que les autres femmes du village, ce qui s’explique par le fait qu’elle est marchande à Nantes , ou elle descend chaque matin, le dimanche excepté, pour ne remonter que le soir.
Elle nous raconte que sa loupe la faisait souffrir. Que depuis quelques temps la sentant grossir de jour en jour, elle allait au champ de l’apparition prier la Sainte Vierge de la guérir.
Un soir elle se coucha ayant encore la loupe au cou. Elle essaye vainement de dormir. Dans la nuit elle porta la main à l’endroit malade, la toucha et ne fut pas peu surprise de s’apercevoir qu’une espèce de fil sortait de cette loupe. Elle tira ce fil et le jeta. Touchant ensuite sa loupe, elle s’aperçût qu’il n’y avait plus que la peau. Au matin elle vu que le fil qu’elle avait jeté était blanchâtre, long d’un pied environ, de la grosseur de trois fils moyens mis ensemble. Deux jours après, ayant retrouvé par hasard ce fil, elle eut l’idée de le racler, il était dur.
Tous les détails qu’elle nous donne sont d’accord avec ceux donnés par son mari, sauf en ce qui concerne l’opération proposé autrefois. Elle soutien que, au contraire, les docteurs de Nantes qu’elle avait vus n’ont pas voulu faire l’opération à cause de "l’altère" qui passait dans sa loupe, et qu’elle a essayé dans le temps des pommades dont elle ne sert pas depuis longtemps, n’ayant pas obtenu de résultats.
Elle nous montre alors la place ou était le kyste, ce qu’elle nomme sa loupe.
C’est en plein sur l’artère carotide. Aucune cicatrise visible sauf au milieu un point assez semblable à une piqure de très grosse épingle. C’est par là qu’est sorti le fil en question. La peau exactement de la couleur des lèvres très rouges de la malade, ayant la forme et présentant à la pression la résistance d’un mamelon de sein. Cette poche de peau n’est pas toute a fait vide, mais ses dimensions actuelles sont insignifiantes auprès de ce quelles étaient.
Les voisins qui nous entourent s’accordent à dire que la tumeur était plus grosse que leur poing et en disant cela, ils nous montrent leurs robustes poings de cultivateur.

  
  • Le lieu du miracle

Ces renseignements recueillis, nous n’avons plus rien à faire à Geneton, car il n’y a pas eu d’autres guérisons. En route donc pour le champ de l’apparition. C’est à trois kilomètres plus au sud. La route est brulée du soleil, sans un arbre, sans un buisson.
 A l’heure ou nous sommes elle est encore déserte mais durant le reste du jour il y a foule. A gauche, une bifurcation de la route file sur Viellevigne. En face du poteau indicateur un chemin se détache à droite. Bien qu’il soit à peine signalé sur la carte d’état major, édition de 1879, ce chemin est très battu, grâce aux pèlerins  qui accourent à la Lande depuis plusieurs semaines.
A peine a-t-on fait quelques pas que des toiles blanches se détachent dans la verdure. Elles abritent des buffets improvisés.
Un sentier coupe notre chemin, et c’est à leur intersection qu’est le champ de l’apparition. On arrive droit derrière et entre les branches des arbres et le sommet du talus qui fait clôture, on voit toutes sortes de choses disparates.
  
  • C’est ici

Le lieu du miracle est un champ qui appartient à Mr Lorteau le père de l’enfant visionnaire. Des genets croissent dans le champ dont Mr Lorteau laisse reposer la terre, préférant vendre ses genets aux boulangers de Nantes que fumer le sol pour y mettre d’autres cultures. Le long des deux chemins le champ est bordé d’arbres qui ont du être assez beaux, mais auxquels pendent aujourd’hui de nombreuses branches cassées. Ce sont les pèlerins qui en grimpant dans les arbres on fait ce dégât. Une forte partie du champ est ravagée, et le sol y est battu comme celui d’une place publique. Ils ont même détruit un arbre dont un ébéniste avait offert aux Lorteau, à ce qu’ils disent, la somme de 500 francs.
Nous nous laissons dire que cet arbre était un genévrier, bien que nous n’avons jamais vu de genévrier atteindre pareille taille. Toutes le branches sont coupées, toute l’écorce a été arrachée et de nombreuses entailles sont pratiquées dans le bois, autant que l’a permis son extrême dureté. C’est sur cet arbre, nous dit-on, que la vierge apparut la première fois, mais elle n’y est pas revenue, des mécréants l’ayant profané par des ordures. Elle apparaît depuis au bout du champ, vers l’angle formé par la rencontre des deux chemins. On en a fait un sanctuaire public, en forme de quadrilatère protégé de coté par des arbres abattus, des pieux fichus en terre entre lesquels courent, ou plutôt couraient de gros fils de plomb tordus et foulés aux pieds. Le fond du quadrilatère est formé par le talus de clôture sur lequel sont appuyées de petites images de la vierge et plantés de nombreux bouquets, des branches d’arbres portant des mouchoirs ou des bonnets d’enfants, des bougies, de petites madones, enfin au centre dominant tout l’ensemble, une pauvre petite béquille. Cette béquille appartient à la femme d’un mercier de Saint Etienne de Corcoué, atteinte d’un cancer de l’estomac. Elle est repartie sans avoir été guérie, mais elle à planté sa béquille pour que le souvenir de ce pèlerinage ne sorte pas de la mémoire de la bonne Vierge, si occupé par les demandes de tant d’autres femmes.
Au moment ou nous arrivons vers le lieu saint. Il n’y a que quelques femmes en prières ; pas un seul homme. A plusieurs reprises nous y revenons, dans la matinée, le nombre de femmes augmente, mais les hommes font toujours défaut.
  
  • La chambre de l’enfant

Le temps est long en pèlerinage. C’est toujours la même chose. Ne sachant que faire sur le lieu saint nous allons à la maison des Lorteau. Il faut traverser tout le hameau situé à quelques cent mètres du champ. Les maisons de la Lande sont neuves et ne manquent pas de pittoresque. Un pin parasol de grande dimension domine tout le hameau et lui donne quelque chose d’Italie.
Avant d’atteindre les maisons nous croisons la petite visionnaire. Elle a toujours ses gros bouquets. Cette fois la femme qui l’accompagne n’est pas sa mère. Nous lui offrons encore quelques bonbons qu’elle dédaigne, mais que nous glissons dans sa poche. Mes amis causent à la femme  qui leur répète ce que nous savions déjà, tandis que je m’accroupis pour mieux voir le visage de la petite. Il est assez agréable. J’examine aussi les yeux, ce que je n’avais pas songé à faire lors de la première rencontre. Ils sont brun clair : les membranes jaunes que nous avons tous dans l’iris sont très développées. L’iris est très grand, à peine la conjonctive se laisse-t’elle apercevoir aux coins des yeux. Aucunes rougeurs aux paupières.
La dernière maison à gauche est celle des Lorteau. Ils n’ont qu’une seule pièce au rez de chaussée. D’un coté une immense cheminée ou flambent des genets, tandis qu’une sœur cadette de Marie est assise dans les cendres. Deux lits tiennent deux cotés de la pièce. En face deux grandes armoires derrière lesquelles se trouve dans une ombre absolue un autre lit. Il ne fait pas très clair dans cette pièce ou du reste tout est parfaitement propre, comme en général partout à la Lande.
  
  • Les procès verbaux de l’apparition

Cette visite faite, une voisine nous offre obligeamment une pièce pour y déjeuner. Pendant le repas on nous amène Joséphine Lorteau, la cousine et la confidente de la petite Marie, gentille enfant de dix ans qui nous confirme ce qui nous a été dit.
C’est elle qui rédige à l’encre bleue, d’une écriture ferme et avec peu de fautes, sur un papier réglé en bleu, les procès verbaux des apparitions d’après les confidences de sa cousine.
J’ai pris copie de ce document qui va du lundi 7 aout à 1 heure et demi du soir jusqu’au samedi 4 septembre à 9 heures du matin.je l’analyserai demain pour en établir toutes les contradictions et toutes les invraisemblances, et pour montrer qu’il est en désaccord avec un autre manuscrit qui enregistre les apparitions et d’on j’ai pris également une copie. Ce dernier est du à la plume plus littéraire du neveu du curé de saint colombin.
Joséphine et toutes les femmes qui ont été présentes au moment ou Marie voyait et entendait la Vierge n’ont rien vu ni entendu. La petite fille n’est jamais seule à ce moment là. Quand elle se sent " appelée " elle prend quelqu’un avec elle, sa cousine ou bien sa mère. Quand la Vierge parait à ses yeux, Marie en avertit sa mère et lui demande ce qu’il faut dire car, elle-même, elle ne sait pas trouver les demandes à faire. Elle ne prononce pas les questions qu’on lui dit de poser et se borne à les répéter mentalement. Elle ne raconte même pas à haute voix ce qu’elle a cru voir ou entendre, elle le confie à sa mère ou a Joséphine qui le répètent
Les réponses aux questions nombreuses que nous posons à Joséphine qui s’exprime très bien en répondant, s’accorde en tout point avec ce qu’on nous a dit
Il n’y a qu’une seule contradiction dans la description faite de la Vierge, c’est que les uns disent que sa robe est bleue avec des étoiles blanches, les autres qu’elle est blanches avec des étoiles bleues. Pour le reste on est d’accord. La vierge parait toujours avec les avants bras rabattus l’un sur l’autre, dans la position d’une femme qui tient un mouchoir. Elle porte une couronne si belle que l’enfant n’a jamais pu expliquer comment elle était faite.
  
  • L’apparition

Tout  à coup, tandis que nous déjeunons une grande nouvelle se répand : la petite a eu une vision sous les arbres, à droite du chemin avant d’arriver au champ. Cette fois c’est dans le département de la Vendée que la Vierge a apparu, car le chemin fait la limite des deux départements. Nous nous faisons donner les détails. C’est un instant même après nous avoir rencontrés que l’enfant a vu la Vierge. Et comme preuve on nous donne des bruyères cueillies à l’endroit même ou se tenait la Vierge. Dire que nous avons été si près du miracle et que nous l’avons manqué ! Et que les bonnes femmes qui chantaient dans le champ saint l’ont manqué, elles aussi.
Aussitôt la nouvelle répandue tout le village est en mouvement. On cherche, on traque la pauvre enfant. On se l’arrache, on se la dispute.
Ce spectacle, qui pourrait prêter à rire, si la personne qui est l’objet d’un tel enthousiasme était robuste, tout fait mal, à nous qui songeons à la fragilité et à la timidité naturelle de la pauvre enfant.
D’instant en instant la foule augmente, des groupes nombreux arrivent à pied ou à voiture. Les carrioles les plus invraisemblables ont été mises en réquisition. Toutefois, on n’a pas du venir de très loin, car nous ne voyons pas d’autres costumes que ceux de la région avoisinante.
Les heures passent, longues, monotones : nous ne savons comment tuer le temps. Aucune promenade n’est tentante dans ce pays monotone. Pas un bois, pas un ruisseau dans le voisinage et le soleil est accablant. Tandis que le nombre de femmes qui prient au champ consacré augmente, celui des pèlerins qui boivent dans les buffets improvisés de toutes parts augmente aussi. La règle à du faire une belle recette.
Je me rends à diverses reprises au lieu de l’apparition. La foule augmente toujours. Des hommes, debout, gardent leurs chapeaux sur la tête. Je n’ai vu qu’un seul homme s’agenouiller. C’est un infirme qui prie avec ardeur, se disant, sans doute, que si cela ne lui fait pas de bien, cela ne peut du moins pas lui faire de mal.
Toutes ces femmes en prières sont visiblement de bonne foi. Beaucoup d’autres restent debout autour, à coté des hommes qui causent entre eux des avantages matériels qu’aurait ce pèlerinage "si cela prend" comme me dit l’un deux.
Leur foi n’est pas bien vive. A 4 heures, une ondée étant venue rafraîchir l’assistance, un villageois fait à cette occasion une réflexion irrévérencieuse pour la Vierge Marie et les femmes qui l’entourent en rient. Le mot était pourtant un peu salé trop pour être rapporté dans un journal qui répugne la pornographie.
Heureusement, l’ondée ne dure pas, le ciel se rasserère, ce qui permet à la foi des pèlerins de reprendre de plus belle.
A ce moment-là, nous croyons nous apercevoir que nous sommes suivis, pour ne pas dire espionner. Un certain nombre de personnes de Nantes sont venues et nous reconnaissons quelques messieurs qui savent très certainement que nous sommes pas des leurs.
Du reste, le Phare de la Loire a annoncé notre départ et ces messieurs ont eu, depuis le moment ou a paru cette annonce, le temps de nous rejoindre.
Il nous importe peu que l’on nous observe. Nous savions déjà à midi, tout ce que nous voulions savoir et il est plus de 4 heures.
Toutefois, nous remarquons que les mêmes personnes qui étaient on ne peu plus communicatives dans la matinée gardent une extrême réserve à notre égard.
  
  • La chasse à la miraculée

A 5 heures moins un quart, toute la foule est en mouvement. L’enfant se sent "appelée». Aussitôt, tous les pèlerins et pèlerines de partir au pas de course pour le champ miraculé.
On se presse, on se bouscule. C’est un spectacle unique en son genre que celui de voir courir dans une même direction toute cette armée de femmes, que l’on croirait en uniforme car elles ont toutes le fichu à pointe et le bonnet blanc pointu.
Au champ de l’apparition, les arbres sont pris d’assaut par les hommes. Il n’y a des spectateurs jusque dans les plus hautes branches. On allume les bougies : les Ave Maria redoublent de ferveur. Le miracle va s’accomplir. La pauvre petite visionnaire est entourée d’une foule de femmes qui la pressent, qui l’étouffent, qui la traine au miracle sans plus de ménagement que si on la trainait au supplice.
Mais, o déception ! L’enfant s’arrête avant le lieu des miracles. Impossible d’aller plus loin, la foule est trop compacte.
L’enfant prend peur et s’enfuit. Alors commence un spectacle curieux mais attristant : la chasse à la miraculée. Partout ou se jette l’enfant la foule se précipite  après elle, soulevant sur ses pas des torrents de poussière. C’est en vain que Marie croit fuir, les femmes connaissant mieux les chemins qu’elle se trouve pouvoir la rattraper ou même la devancer en coupant à travers les champs. Elles réclament leur miracle. Elles sont venues pour cela et ne veulent pas s’en retourner bredouille. Heureusement la mère de Marie Lorteau parvient à dissuader certaines femmes de continuer cette chasse, de sorte que la petite devient de plus en plus libre. Nous avons même la satisfaction de voir du poste éloigné mais élevé ou nous nous trouvons, cette pauvre enfant échapper à cette meute altérée de miracle et pouvoir s’en aller loin, bien loin, dans les landes du coté de Geneton sans que personne la poursuive.
Nous revenons au champ de l’apparition.
Le courage des pèlerins se lasse. C’est à peine s’il en reste deux ou trois cents, encore ceux-ci commencent-ils à se disperser. Il est 6 heures et demi, nous faisons comme eux.
Tel est le compte-rendu scrupuleusement fidèle de ce j’ai observé. Je ferais demain à ce sujet les réflexions nécessaire. J’analyserais les procès-verbaux des apparitions d’après les copies que j’en ai prises. Je discuterai au point de vue médical les prétendus miracles et je tirerais les conclusions morales et politiques que je n’avais ni l’intention ni la place de tirer aujourd’hui.

                                                                                                                                                Ed. Champury